De nombreuses idées reçues circulent sur les concepts d'évolution et d'adaptation. Sans prétendre en faire une définition rigoureuse, je voulais profiter de ce site sur les gerbilles pour faire une petite mise au point sur le sujet.
L'adaptation et les pièges de l'adaptationnisme
L'adaptation est un concept qui paraît évident à tout le monde : un poisson est adapté à la nage puisqu'il a des nageoires, un oiseau est adapté au vol puisqu'il a des ailes. Si on veut donner une définition, on peut dire qu'un organisme est adapté au milieu où il vit s'il possède des organes qui lui permettent de vivre facilement dans ce milieu.
Quelques exemples d'adaptations chez la gerbille? Disons... en premier lieu, la couleur (naturelle, bien sûr!), qui se rapproche de celle du sable : les animaux sont peu visibles des prédateurs (voir photo). Mais les gerbilles sont aussi particulièrement résistantes à la sécheresse : elles sont adaptées au désert.
Dernier exemple : avez-vous remarqué les petits poils sur le bord des oreilles? Quand la gerbille creuse, elle rabat ses oreilles ; les poils empêchent le sable d'y rentrer, mais la gerbille entend quand même. C'est d'ailleurs un caractère très amusant, regardez de près vos bêbêtes, et vous verrez. Mais alors, l'adaptation, c'est simple! Eh bien... non, pas tant que ça. Parce que si l'on décrit chaque organe en lui attribuant une fonction particulière adaptée au milieu, on fait de l'"adaptationnisme". Quand on est "adaptationniste", on considère que tout organe doit obligatoirement être optimisé vis-à-vis de la survie de l'animal dans son milieu. Et ce raisonnement est faux, parce qu'un animal n'est pas une collection d'organes indépendants. Il n'est pas possible de tout faire sur un animal : le développement de l'embryon présente des contraintes.
Un des plus beaux exemples est celui-ci : pourquoi les femmes ont-elles deux seins? A vue de nez, un serait suffisant : les jumeaux sont très rares. Et même si avoir deux seins était une adaptation à l'existence des jumeaux, pourquoi les femmes ne seraient pas adaptées à la présence de triplés? La réponse à cette question doit être cherchée dans le développement de l'individu : les seins (ou les mamelles) sont des organes pairs, comme les yeux ou les oreilles. Il est impossible d'en avoir un nombre impair : on a le choix entre 2, 4, 6, 8, etc. Donc le fait d'avoir deux seins n'est pas une adaptation optimale : un serait mieux, mais comme c'est impossible, alors deux est encore la meilleure solution.
Une autre erreur souvent commise : la respiration du dauphin est-elle une adaptation? Vous savez certainement que le dauphin est un mammifère cétacé, qui vit dans l'eau mais qui doit respirer à la surface. Pourquoi cette contrainte, alors que ça serait beaucoup plus facile de respirer sous l'eau, comme les poissons? Là encore, inutile de rechercher la solution dans la biologie du dauphin : c'est une perte de temps. Le dauphin respire à la surface parce qu'il n'a pas le choix. C'est un mammifère, et comme tous les mammifères, il a des poumons. Bien sûr que ça serait mieux pour lui de pouvoir respirer sous l'eau, mais il ne peut pas "inventer" des branchies à partir de ses poumons! Ici, la contrainte est due à la généalogie des espèces. Si le sujet vous intéresse, allez voir ma page "classification". Par ces petits exemples, j'ai voulu insister sur deux points précis : une espèce est adaptée à son milieu : elle possède les organes qui lui permettent de survivre. Mais ne voyez pas de l'adaptation partout : l'évolution fait ce qu'elle peut avec ce qu'elle a, et la plupart du temps, elle "bricole" avec des outils qui ne sont pas faits pour ça. J'espère que cette vision vous permettra de mieux comprendre pourquoi les animaux sont tels que vous les observez!
L'évolution et la sélection naturelle
Ahhh... L'évolution... Cette théorie si étrange, qui bouleversa tant de conceptions, qui fit couler tellement d'encre...et qui en fait toujours couler d'ailleurs : l'enseignement de cette science est toujours interdite dans certaines écoles aux Etats Unis!
L'évolution a été "découverte" par un certain Lamarck, un biologiste du début du XVIIIe siècle. En décrivant des coquilles d'escargots fossiles, il eut une idée assez surprenante : tout était comme si les espèces se "transformaient" avec le temps. Jusqu'alors, on pensait que les animaux avaient été crées par Dieu, et qu'ils avaient toujours été pareils.
Cette constatation amena certains biologistes à remettre en cause l'idée de "fixisme" : les espèces évolueraient avec le temps. Petit problème : ça ne collait pas du tout avec la Bible, et l'idée de "transformisme" eut beaucoup de mal à s'imposer.Quoi qu'il en soit, le fait que les espèces se transforment n'explique en rien pourquoi elle se transforment. Il faut attendre pour ça que Darwin ait cette idée géniale : les espèces se transforment à cause de l'action de la sélection naturelle.
Dans une population, on a une certaine variabilité. Imaginons une population d'animaux imaginaires, dans laquelle on trouve des grands individus et des petits. Si les petits se croisent ensemble, leurs enfants seront petits. Si les grands se croisent ensemble, les enfants seront grands. Maintenant, si les grands sont plus forts que les petits, ils vont se reproduire plus souvent. Il y aura donc plus de grands enfants que de petits enfants, à chaque génération, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de petits : l'espèce s'est transformée. C'est le même principe pour tous les caractères.
Pour qu'un caractère soit soumis à la sélection naturelle, il faut trois conditions :
- Variabilité : il faut que la sélection ait le choix parmi des individus différents.
- Héritabilité : il faut que le caractère ait une base génétique qui soit transmise à la descendance.
- Influence sur la survie : il faut que le caractère intervienne sur la caapacité de l'individu à se reproduire.
N'importe quel caractère qui suit ces critères va être soumis à la sélection naturelle : ça en fait un paquet! La sélection naturelle agit depuis le début de l'apparition de la vie, il y a plus de trois milliards d'années. C'est grâce à la sélection naturelle qu'il existe des organismes aussi différents qu'une gerbille, un singe, une plante, une levure ou une bactérie!Je vois venir la question : mais tout ça n'est-il pas contraire à ce que disent la plupart des religions? En fait, on n'a plus besoin de l'existence de Dieu?
La réponse n'est pas facile. La science a toujours fait avancer les limites du savoir, et elle ne pose jamais l'existence de Dieu comme une hypothèse. En d'autres termes, la science est une tentative d'explication du monde sans le concept de Dieu. Pour cela, elle se base sur un certain nombre de règles de logique, d'expérimentation, etc. Elle ne va donner de réponse qu'à la question qu'elle s'est posée. Je veux dire qu'en répondant "oui" à la question "peut-on se passer de Dieu pour expliquer l'Univers?", elle ne répond pas "non" à "Dieu existe-t-il?". Je crois que beaucoup de gens n'ont pas compris ça, et qu'ils essayent d'opposer des choses qui n'ont pas à être opposées. Je pense qu'il est beaucoup plus sain de croire en Dieu en reconnaissant que cette croyance n'est pas fondée sur de la logique mais sur la foi, plutôt que de croire en l'astrologie par exemple, qui n'est qu'un ramassis d'absurdités cachées derrière un faux vocabulaire scientifique. Si vous croyez en quelque chose qui n'est pas en accord avec les données scientifiques, alors n'essayez pas de vous imposer avec les armes de la science : la défaîte est assurée.Bon, j'espère que je ne vous ai pas trop pris la tête! Surtout, n'hésitez pas à réagir en me contactant! Et visitez le reste du site : il est beaucoup plus rigolo que cette page.
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